Au Brésil, Lula confronté à la pression croissante du Mouvement des sans-terre

Le torchon brûle-t-il entre Lula et son principal allié ? Ces dernières semaines, le président de gauche s’est vu confronté de manière pressante aux revendications de ce qui demeure la plus grande organisation de masse du Brésil, le Mouvement des sans-terre (MST), dont les militants ont multiplié manifestations et coups d’éclat. Au risque d’agacer, voire d’ébranler, un chef de l’Etat qu’ils ont pourtant contribué à élire en octobre 2022.

L’action la plus récente a eu lieu le 31 juillet à Petrolina, au cœur de l’aride Sertão nordestin. Des milliers de membres du MST occupent de manière spectaculaire et le poing levé une ferme, propriété de l’agence publique de recherche agricole (Embrapa). Objectif : forcer le gouvernement à respecter ses engagements et trouver des terres pour neuf cents familles d’agriculteurs sans terre de la région.

L’action s’inscrit dans un contexte plus vaste d’effervescence du mouvement. Il y a quatre mois, le MST a déclenché son « avril rouge » et occupé au moins neuf fermes à travers le pays. Fort de sa puissance militante (près de 500 000 familles d’agriculteurs), les militants sans-terre comptent peser de tout leur poids sur la marche du pays, afin d’obtenir une répartition plus juste des terres ainsi que la réforme agraire exigée depuis des décennies.

Un gouvernement « peureux »

Après les années Jair Bolsonaro, qui qualifiait les sans-terre de « terroristes » et préconisait contre eux l’usage du « lance-flammes », c’est peu dire si la gauche est attendue au tournant. Le « camarade Lula », fondateur du Parti des travailleurs (PT), est un compagnon de route du mouvement depuis les années 1980. Durant ses deux premiers mandats (2003-2011), celui-ci avait redistribué près de 50 millions d’hectares de terre et ouvert les vannes du crédit aux petits paysans. De quoi lui garantir une solide popularité.

« Lula représente le retour de la démocratie et la reconstruction du Brésil. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous arrêtons d’être autonomes, de défendre la réforme agraire et d’organiser une mobilisation populaire ! », assume Ceres Hadich, coordinatrice nationale du MST. D’autant que huit mois après le retour aux affaires du président, selon elle, rien ou presque n’a été entrepris en faveur des sans-terre. De quoi susciter la déception, voire l’indignation des troupes. Récemment, Joao Pedro Stedile, fondateur et figure historique du mouvement, a torpillé dans la presse un gouvernement jugé « très lent » et « peureux ».

« On sait que la tâche n’est pas facile pour Lula, après le chaos laissé par Bolsonaro », concède Ceres Hadich. Il en va aussi, reconnaît-elle, de l’équation politique complexe du président, qui ne contrôle qu’un cinquième des sièges au Congrès. La moindre avancée sociale est conditionnée à l’accord des formations de l’establishment conservateur, acquises aux vues de l’agronégoce et des grands propriétaires terriens.

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