Au Canada, la séparation Instagram de Justin Trudeau

LETTRE DE MONTRÉAL

Au cœur de l’été, le feu a consumé sans répit la forêt canadienne, jusqu’à brûler 15 millions d’hectares, un record absolu. Mais c’est une autre actualité qui a monopolisé la presse et les réseaux sociaux du Canada. Le 2 août, le premier ministre, Justin Trudeau, 51 ans, et son épouse depuis 2005, Sophie Grégoire, 48 ans, rendaient publique leur séparation sur le réseau Instagram. « Sophie et moi voulons vous annoncer qu’après de nombreuses conversations réfléchies et difficiles, nous avons pris la décision de nous séparer », écrivait Justin Trudeau sur sa page comptant plus de 4 millions d’abonnés, précisant que, parents de trois enfants, ils demeuraient une « famille proche, avec un amour profond l’un pour l’autre ».

« Onde de choc dans la population », titrait quelques heures plus tard le site d’information québécois TVA Nouvelles. L’information a été jugée suffisamment importante pour être reprise dans le monde entier, par la presse dite « sérieuse », aussi bien que par la presse people.

Car la rupture de « Justin et Sophie », c’est à la fois l’acmé de la série « Amour, gloire, beauté et politique au pays de l’érable », dans laquelle le couple s’est complu depuis près de deux décennies, en même temps qu’un sérieux accroc à la communication minutieusement élaborée par le premier ministre libéral depuis son accession au pouvoir, en 2015.

Image de « Kennedy canadien »

Lors de cette première campagne électorale visant à arracher la fonction de premier ministre au camp conservateur, Justin Trudeau a joué à fond la carte des réseaux sociaux, comme l’avait fait quelques années auparavant le jeune Barack Obama aux Etats-Unis. En quelques mois, il est devenu l’une des figures les plus populaires d’Instagram.

Dans une étude parue en 2019, dans Communiquer, revue de communication sociale et publique, Kelly Céleste Vossen a analysé la façon dont le candidat libéral a usé du concept d’« intimisation », ce flux d’informations et d’images circulant entre la sphère privée et la sphère publique, pour forger son image de « Kennedy canadien ». Sur près de la moitié des publications postées avant le scrutin, « son statut d’époux est mis en avant, soit grâce à l’apparition de Sophie Grégoire (29 %) ou de son alliance (18 %), soit à travers l’utilisation discursive du prénom de “Sophie” (10 %) », relève l’autrice de l’article.

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Sophie Grégoire, ancienne animatrice de télévision, issue d’une famille de la classe moyenne, a nourri d’une composante plus « populaire » l’image bourgeoise de Justin Trudeau, fils de Pierre Elliott Trudeau, lui-même premier ministre du Canada (1968-1979 et 1980-1984). A eux deux, ils incarnaient un couple jeune, charismatique et amoureux, qui trouva sa consécration en faisant la « une » du magazine américain Vogue, au lendemain de la victoire.

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