Au Niger, inquiétudes sur l’approvisionnement de l’aide humanitaire

« Ça va coûter des vies. » Ces mots de Gregor Robak-Werth, directeur d’Action contre la faim (ACF) au Niger, résument l’alerte lancée par toutes les grandes ONG humanitaires engagées auprès des populations les plus vulnérables du pays sahélien de 25 millions d’habitants, déstabilisé par le coup d’Etat du général Abdourahamane Tiani, le 26 juillet.

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Depuis la décision de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) de fermer les frontières de ses membres, notamment celles du Bénin et du Nigeria, l’aide ne passe plus. La suspension du trafic aérien à Niamey, à l’exception de quelques vols autorisés par la junte qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum, ajoute au blocage de la situation.

Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), le plus important acteur de la solidarité internationale, s’est alarmé, dans un communiqué publié lundi 21 août, de voir bloqués cinquante de ses conteneurs d’aliments thérapeutiques d’urgence, de vaccins, de seringues et de matériels indispensables au maintien de la chaîne du froid pour des médicaments et des denrées. Deux sont retenus à la frontière béninoise et vingt-neuf autres, dont l’arrivée est prévue au port de Cotonou dans les prochaines heures, vont s’ajouter aux dix-neuf déjà en attente d’être acheminés vers les 2 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition. Parmi eux, près de 500 000 sont en sursis, atteints de sa forme la plus grave.

Sous-financement chronique

ACF voit une importante cargaison de Plumpy Nuts, un produit nutritionnel à base d’arachide qui permet d’enrayer la malnutrition sévère chez les enfants, retenue à la frontière burkinabée, tandis que six tonnes de médicaments affrétées par avion-cargo en Allemagne attendent une hypothétique autorisation de décollage pour le Niger. « On ignore pourquoi tout est suspendu au Burkina, indique Gregor Robak-Werth, alors que, normalement, ça circule sans entraves. » Le Burkina, exclu de la Cedeao après les deux putschs menés en janvier et en octobre 2022, a maintenu ouverte sa frontière avec le Niger.

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« Si la situation reste inchangée, d’ici cinq à six semaines, l’impact sera critique, prévient Yawo Douvon, directeur de CARE au Niger. Le pays subit déjà les effets convergents du changement climatique, du conflit et de la hausse des prix des denrées alimentaires. »

Si tous les professionnels de l’aide humanitaire, qui ont pu reprendre leurs activités dans le courant du mois d’août, fonctionnent sur leurs stocks, ceux-ci s’épuisent vite. Selon les cas, ils estiment pouvoir tenir de quelques semaines à quelques mois, dans un contexte de sous-financement chronique.

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